Donyi-Polo, prayers for changes

SEECHAC/ PAPER SUBMISSION- FOURTH INTERNATIONAL SEECHAC- COLLOQUIUM

«Religious Revivals and Artistic Renaissance in Central Asia and the Himalayan Region – past and present» /16 to 18 November 2015/ Internationales Wissenschaftsforum Heidelberg (IWH)

A reformist and revival « tribal » and « indigeneous » religion in Arunachal Pradesh, North-East India : two approaches to discuss.

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I would like to present today an exploratory analysis of the now « official » religion of the Adi tribal group in Arunachal Pradesh, named Donyi-Polo or Donyi-Poloism. As we will see, this « religion » has been described by various people as a reform or a revival of « indigeneous » faith of the Adi. I have called this presentation, Donyi-Polo, prayers for change, as, according to me, the religious movement called Donyi-Polo illustrates particularly well the phenomena of change or its representation in a fast-paced transitioning region.

Is Donyi-Poloism really a revival of a previous faith ? Or a cultural indigeneous movement ? Or both ? Or is it rather a more complexed construction based on various cultural and ideological components ?

After an introduction (I) to the area and field in which I worked, I would start with a description of Donyi Polo (II), based on field observations and interviews I have conducted in the Siang Valley for a little over two months, and what it means for the Adis as well as for other residents of the Valley.

What is the role of Donyi-Polo in contemporary Adi society ? Could we consider that this religion is trying to define a new or rather, a created collective identity (Appadurai, 2001, 2005) ? If so, I suggest to call Donyi-Polo an indigeneous movement. We will see how and why.

Finally (III) I would like to discuss the role of Hindutva movements in the Valley, especially their association with Donyi-Polo.

I will conclude with various questions and elements that would be interesting to study in the future to understand better the Adi society and its up-coming transitions.

Download the paper here (Academia)

L’Arunachal Pradesh, dernier état avant le soleil

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Conférence à la Maison Des Indes: le 10 mai à 18h30

Une petite exploration que je vous propose aux confins de l’Inde et au cœur de la région qui m’a le plus marquée…

Terre du « soleil levant », vaste étendue himalayenne de jungles et de montagnes mystérieuses où vit plus d’une cinquantaine de tribus, l’Arunachal Pradesh est peu connue des touristes et des occidentaux. Pour cause, sa situation frontalière stratégique avec la Chine : cet état du Nord-Est indien est sous haute surveillance depuis des années. Depuis les années 2000 cependant, les ouvertures vers l’économie mondiale s’accélèrent. Les populations tribales s’adaptent et s’inquiètent parfois de ces changements brutaux. Elles tentent de préserver leurs cultures ancestrales tout en accueillant les nouveaux modes de vie venus de l’extérieur. L’occasion pour les voyageurs de découvrir des cultures et des lieux aux confins du monde indien.

 

Tel : 01 56 81 38 38
Par mail : conferences@maisondesindes.com
La Maison des Indes, 76 rue Bonaparte (place Saint-Sulpice), 75 006 Paris

Course, offrandes et réflexions

Rituels propitiatoires, oublis ou entreprises artistiques ?

 

L’ethnographie nous confronte régulièrement à l’interprétativité, à nous poser des questions sur la signification de tel ou tel « phénomène », visuel, sonore, narratif etc., et ce peu importe la diversité de nos terrains. Cela nous demande, sans cesse, de croiser les explications, les vérifier, les contextualiser, et tenter de comprendre comment ces phénomènes font sens -ou pas- auprès de nos différents interlocuteurs (et nous-mêmes)  et selon les contextes.

Récemment, je me suis remémorée mes cours de méthodologie, au cours d’une sortie de course à pied banale. Et de me poser la question: mais que représentent  ces clefs et cette bouteille glissées sur une branche?

Sur la première photo, on m’a expliqué (plus ou moins) qu’il s’agissait d’un objet propitiatoire, destiné à apaiser les esprits de parents défunts (la photo fut prise sur un « cimetière »). Sur la seconde, étant seule, je dus déduire par moi même qu’il ne s’agissait pas d’une offrande mais d’objets perdus.

J’aime bien ces exemples  au quotidien d' »inadéquation significative » et de « sens caché » si bien expliqué par Oliver de Sardan:

 le piège de la surinterprétation est sans cesse présent, car sans prise de risque interprétatif il n’est pas de sciences sociales.

 

Jean-Pierre Olivier de Sardan, « La violence faite aux données », Enquête, 3 | 1996, 31-59.

Arunachal Pradesh #1

1. L’Arunachal Pradesh, aux marges de plusieurs mondes

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L’Arunachal Pradesh sur la carte de l’Inde

 

L’Arunachal Pradesh est une région du Nord-Est de l’Inde que l’on présente systématiquement comme isolée et sauvage, peuplée de « peuples tribaux ». L’intériorisation des concepts et clichés véhiculés
par mes connaissances, les rares brochures touristiques et la vision générale que porte les non-arunachalais sur cette portion du territoire indien ont bien fonctionné, et c’est bien évidemment un certain romantisme qui m’a d’abord attiré pour cet état de l’Inde himalayenne. Mais ce fut aussi la découverte de cultures qui m’étaient inconnues et avec lesquelles je me suis familiarisée durant ma vie à Bombay.

J’ai travaillé plus particulièrement dans le bassin de la Siang, soit trois districts de l’Arunachal Pradesh de 2015 : West Siang, East Siang, Upper Siang.

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Nous nous trouvons dans le Nord-Est indien, considéré par certains comme un « accident géopolitique » (Haokip 2011). Rattaché au reste du sous-continent par ce que l’on nomme le « cou du poulet » ou le corridor de Siliguri, le Nord-Est indien regroupe sept états romantiquement surnommés les «Sept Soeurs»: Assam, Tripura, Meghalaya, Mizoram, Manipur, Nagaland et Arunachal Pradesh.

Le Sikkim, situé au nord du Darjeeling, est admis comme faisant «culturellement » partie du Nord-Est également.

Parmi ces états se trouve l’Arunachal Pradesh, le plus vaste d’entre eux (83 743 km2), avec un peu plus d’un million d’habitants. Il partage trois frontières internationales : le Bhoutan à l’ouest (160 km), la Chine au nord et nord-est (1 080 km) et le Myanmar à l’est (440 km). État indien stratégique pour la politique extérieure de l’Union indienne, notamment par rapport à la Chine (qui réclame une partie de l’Arunachal Pradesh), c’est aussi un état qui se situe en marges de la civilisation indienne par plusieurs aspects.

Cette marginalité qui semble avoir isolé cet état est trompeuse : on ne peut artificiellement isoler les groupes de populations constituant cet état des autres groupes et aires culturels d’un ensemble plus vaste (Schlemmer 2012, Ramirez 2014)

Ce constat est important : malgré une politique du gouvernement indien volontairement isolationniste durant des années, les échanges politiques, commerciaux et culturels entre les groupes habitant l’actuel Arunachal Pradesh et les autres groupes n’ont jamais cessés, qu’il s’agisse de populations situées à l’extérieur ou à l’intérieur des frontières politiques. Par ailleurs, il ne semble pas approprié d’étudier l’ensemble de la région du Nord-Est comme un bloc monolithique :

Avant la Partition, il n’existait pas de notion d’une région nord-orientale séparée. La région ne rentre pas dans les trois approches traditionnelles de la définition de région, qui sont l’homogénitié, la nodalité et la polarisation autour d’un lieu central, p.8 (Haokip 2011)

Ce territoire s’inscrirait mieux dans la Zomia (Scott 2013; Karlsson 2013; Bennett 2009).

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Ce concept renvoie à une nouvelle cartographie fondée non pas sur des frontières politiques ou historiques mais sur une zone multiculturelle, hétérogène, située sur plusieurs pays à la fois (et qui a pu ou peut évoluer selon les perceptions, voir carte) et dont la spécificité est qu’elle regroupe des populations ayant « échappé » aux états et civilisations dominants.

Si l’on peut ne pas adhérer complètement avec la vision que propose James Scott, on peut se permettre de penser le Nord-Est et les états qui le composent comme appartenant à cette Zomia.

 

 

Colloque SEECHAC

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Du 16 novembre au 18 novembre s’est déroulé le 4e colloque international de l’association SEECHAC (Société européenne pour l’étude des civilisations de l’Himalaya et de l’Asie centrale) à Heidelberg, en partenariat avec le Cluster Asie de l’Université de Heidelberg.

J’eus la chance d’être invitée à présenter une partie de mon travail de recherches issues de mon mémoire de maîtrise sur Donyi-Polo, qualifié de « religion » ou « mouvement religieux tribal » chez les Adi en Arunachal Pradesh, nord-est indien.

En attendant de publier ici l’article issu de cette conférence, je propose ci-dessous le résumé de ma présentation ainsi qu’une bibliographie indicative.

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Donyi-Polo, a reformist and revival « tribal » and « indigeneous » religion in Arunachal Pradesh, North-East India: two approaches to discuss.

I propose in this paper to analyse and observe the revival phanomena or rather the « cration » of Donyi-Polo, a religious practice of the Adi (one of the major tribe) of the Siang valley in the Himalayan region of Arunachal Pradesh (north east India). The project, based on a two months fieldwork in the area between february and April 2015, will look at various aspects of this religious practice. This topic is an entry to observe social and cultural change among the Adi, an ethnic and linguistic tibeto-burmese group (Blackburn, Post, 2010). Donyi-Polo has been analysed as an animistic and/or spiritual practice (Fürer-Haimendord, 1954) and not a religion in its Dukherimian or Maussian defintion. However, since the late 80’s, a certain form of revival and institutionalization of Donyi-Polo, also called « Donyi-Poloism » has been observed but seldom studied (Blackburn 2010, Chaudhuri, 2013).

After some contextualisation and a descriptive introduction on Donyi-Polo, the practice and discourses I would have collected from the field, I propose to discuss two approaches in my paper. Firstly, I would like to debate the influence and the social role of such a revival religious form in a fluid and fast-moving geopolitical and social context. What is the role of Donyi-Polo in the Adi society ? Could we consider that its religious shape is leading to defining a new ethnoscape and eventually, a change in the perception of a collective identity (Appadurai, 2001, 2005) ?

Secondly, I would like to develop the ongoing issue of saffronisation in Arunachal Pradesh through Donyi-Poloism, bringing forward the role of the Hindutva in the Indian tribal context (Sundar, 2002) as well as the element of an « indigeneous religion » and its politival use. This approach follows the studies on hinduisation and sanskritization in the Himalayan region (Berti, Jaoul, Kanungo, 2011) and questions the notion of indigeneism in its essentialist vision.  

key words: Arunachal Pradesh, change, hinduisation, ethnoscape, revival, religion

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